Anxiété en voyage ou en expatriation

Anxiété, stress, pertes de repères : que peut générer un départ- ou un retour- de voyage ou d'expatriation ?

Le stress et l'anxiété en voyage ou en expatriation

Table des matières

Le mythe du voyage idéal 

 

Partir vivre à l’étranger ou entreprendre un long voyage est souvent vécu comme une aventure stimulante. Rêvée, attendue, l’expérience est souvent idéalisée. Pourtant, ces expériences peuvent aussi s’accompagner d’un sentiment d’anxiété ou d’inquiétude persistante.

J'ai toujours rêvé de ce voyage, c'est un peu le voyage de toute ma vie. Pour moi, pour ma famille en France, après avoir tant parlé de ce rêve, ça ne pouvait être qu'idéal. Alors quand je suis arrivé à Hanoï et que l'angoisse m'a littéralement confiné chez moi, j'ai beaucoup pleuré, je n'ai pas compris, je me sentais si bête et incomprise. C'était incrompréhensible pour moi.

Le voyage, longtemps rêvé et idéalisé, confronte parfois à une vérité surprenante : le fantasme laisse place à une réalité autre. Il est important de noter que la rêverie, qui est un précieux soutient au désir, et souvent précurseur de l’action, est une activité psychique qui stimule beaucoup l’imaginaire. Le voyage peut amener à projeter sur la réalité beaucoup d’attentes issues de lecture, de témoignages, ou de paroles rapportées. La réalité ainsi créée mentalement vient répondre, de manière imaginaire, à des besoins actuellement ressenties de manière plus ou moins urgente.

L’appel de la route ou de l’étranger peut, par exemple, être une réponse à un besoin de liberté après un burn-out professionnel par exemple. On a alors une tendance naturelle à projeter que le voyage viendra « guérir » ce qui a été abimé dans l’expérience précédente. Nous arrivons donc finalement jamais sans attente dans un autre pays, et ces attentes peuvent être vite déçues : le stress que l’on pensait fuir en s’évadant à l’étranger peut être toujours présent, par exemple et peut faire le nid d’une anxiété massive, difficilement compréhensible pour la personne qui l’expérimente. 


Le stress adaptatif

 

Ces réactions sont relativement fréquentes et ne signifient pas nécessairement que l’expatriation ou le voyage est une erreur. Elles peuvent simplement traduire le temps nécessaire pour s’adapter à un nouvel environnement.

Lors des premiers mois en Catalogne, même aller demander du pain à la boulangerie était devenu très anxiogène. Je perdais mes moyens face à la langue que je maitrisais mal, et je finissais toujours par pleurer en rentrant... Je me sentais mal, j'avais l'impression d'être comme un enfant.

Ce qui était auparavant évident — comprendre les codes sociaux, savoir où aller, comment organiser son quotidien — peut devenir incertain. Cette situation peut créer une forme de vigilance permanente, parfois épuisante.

C’est en effet, quoiqu’il arrive ou où que l’on aille, un travail non négligeable pour le psychisme que de décoder et s’adapter à une nouvelle réalité : nouvelles perceptions sensorielles, nouvelles habitudes, coutumes, nouvelle langue, etc. Le déplacement induit systématiquement une perte de repères.

Face à cela, le stress est une réponse physiologique d’adaptation de l’organisme face à un environnement en changement. C’est un processus normal et naturel qui se décompose en plusieurs phases (alarme, résistance, et éventuellement épuisement). Lorsque qu’on arrive à la phase d’épuisement, on peut parler de stress dépassé : les capacités adaptatives du stress ne sont plus garante d’un fonctionnement adaptatif. C’est souvent le cas dans les environnements où le stress est présent de manière longue et continue (on le retrouve notamment dans les questions de stress au travail mais aussi dans les voyages au long court, notamment dans les voyages en van par exemple où l’anxiété liée à la gestion du quotidien ou encore l’insécurité peut être assez présente par exemple chez les femmes voyageant seules).


stress et isolement

L’anxiété qui est ressentie peut paraitre brutale et difficilement compréhensible, la plupart des gens éprouvent alors des difficultés à communiquer leur mal être : pour protéger les proches, ou parce qu’eux même n’ont pas encore les mots pour traduire leurs émotions, ils peuvent être poussé à ne rien dire de leurs difficultés et tout garder pour eux. Ils protègent alors le caractère « idéal » de leur voyage, qui a été souvent introjecté également par les proches. Pourtant, l’isolement est un facteur de fragilité dans un voyage ou une expatriation. Parfois, l’angoisse peut être massive et empêcher la personne de sortir pendant plusieurs jours, remettant parfois en cause toute l’expérience. Il se peut que cette étape soit transitoire – le temps de l’adaptation – ou plus pérenne et invalidante.

Aussi, lorsque l’anxiété atteint un niveau important ou qu’elle envahit l’ensemble de la vie quotidienne, il devient important de prendre ce symptôme au sérieux et parfois de consulter, afin de définir ce qui relève d’un stress adaptatif classique ou si une autre cause sous-jacente peut être mise en cause.


L’anxiété avant un départ à l’étranger

Il arrive également que l’anxiété apparaisse avant même le départ. A nouveau, on peut comprendre cela comme une réponse naturelle à une adaptation, ce stress est alors probablement plutôt adaptatif : il prépare à l’action, aide à l’anticipation, augmente la sensation de maitrise.

Certaines personnes peuvent être inquiète de ce sentiment et décrivent alors :

  • une peur de quitter leur environnement familier

  • une inquiétude face à l’inconnu

  • un doute quant à leur capacité à s’adapter

Ce type d’anxiété peut être lié à l’ampleur du changement que représente une expatriation ou un long voyage, notamment chez des personnes de primo voyageurs ou en particulier dans l’expatriation où le déplacement mobilise d’importants moyens.

Le départ implique aussi souvent de laisser derrière soi une partie de sa vie, ce qui peut susciter des émotions ambivalentes : on peut être excitée à l’idée de partir, et en même temps inquiet des changements à venir. Le psychisme en période d’incertitude est particulièrement mis à l’épreuve, il est donc naturel de ressentir de l’anxiété. Encore une fois, il peut être difficile de comprendre à ce moment là si ce stress renvoie à un stress adaptatif ou si il s’agit d’autre chose. Dans ce cas, la consultation d’un psychologue avec une expérience de l’expatriation peut permettre de mettre en mots ces inquiétudes et d’écarter une autre cause anxieuse.


Les manifestations possibles de l’anxiété

L’anxiété peut prendre des formes variées.

Certaines personnes ressentent surtout des tensions physiques, comme :

  • une sensation d’oppression

  • des palpitations

  • une fatigue nerveuse

  • des troubles du sommeil

D’autres décrivent plutôt des pensées envahissantes, par exemple :

  • une inquiétude constante

  • des scénarios catastrophiques

  • une difficulté à se détendre

Dans certains cas, l’anxiété peut également s’exprimer par des crises d’angoisseUn certain niveau d’anxiété peut accompagner toute période de transition.Dans ces moments, il peut être utile de ne pas rester seul face à ces difficultés. Même si vous ne comprenez pas vos symptômes, qu’ils sont encore difficilement nommable, encore une fois : le travail de thérapie sert à mettre justement de l’ordre dans tout cela. 


Le départ et le retour : deux moments charnières

Si le départ en voyage ou en expatriation est un moment où l’on peut s’attendre légitimement à ressentir de l’anxiété, dû aux changements précédemment évoqués, on oublie souvent que le retour en France avec un voyage ou une expatriation est souvent un moment tout aussi fragilisant.

Aussi, lorsque je reçois un patient pour la première fois en consultation en ligne, il n’est pas rare que ce soit à l’aube du retour en France : un moment à ne pas négliger et qui peut être tout aussi difficile à gérer qu’un départ.
En effet, le retour en France peut confronter à beaucoup de stress

  • Retrouver sa place après s’être adapté à une autre culture
  •  Retrouver ses proches lorsque l’on a soi-même beaucoup changé
  •  Redéfinir parfois sa place dans le monde du travail
  • Choisir l’endroit où l’on retournera vivre
  • Faire le deuil d’une certaine liberté permise par le voyage
  • Retrouver des problématiques (familiales, souvent) que l’éloignement géographique avait permis de mettre à distance.

Ainsi, l’expérience auprès de personnes expatriés en thérapie en ligne me permet de conclure que le retour en France est tout aussi important à travailler que le départ, et qu’un accompagnement psychologique pour s’y préparer est souvent bénéfique voire nécessaire. La thérapie peut aider à traverser ces périodes de transition en permettant de penser ce qui se transforme dans l’expérience de l’expatriation ou du voyage.


Une thérapie en ligne pour les expatriés

Lorsque l’on vit à l’étranger, il peut être difficile de trouver un psychologue francophone.

La thérapie en visioconsultation permet aujourd’hui de bénéficier d’un accompagnement psychologique, où que l’on se trouve.

Elle peut constituer un espace pour parler de l’anxiété, du stress ou des difficultés rencontrées lors d’une expatriation ou d’un voyage, et retrouver progressivement un équilibre.

 En savoir plus : Thérapie pour expatriés

 Prendre rendez-vous : Cabinet en ligne

* L’ensemble des témoignages est entièrement anonymisé : les noms et lieux ont été modifiés pour garantir la confidentialité.

Psychothérapie en ligne

Article rédigé par Anaïs Prégermain, psychologue clinicienne et psychothérapeute

Formée à la psychologie interculturelle, la gestion de crise et l’éthique du numérique, j’accompagne depuis 2019, en ligne, les expatriés francophones confrontés à l’anxiété, à l’isolement, à la perte de repères ou aux difficultés psychiques liées à la vie à l’étranger ou au voyage.

Aller plus loin :

L’anxiété en expatriation n’apparaît pas toujours seule. Elle peut s’accompagner d’autres formes de mal-être liées à la vie à l’étranger : sentiment d’isolement, perte de repères, fatigue psychique, troubles du sommeil, irritabilité, nostalgie intense, culpabilité de ne pas réussir à être heureux dans un projet pourtant désiré, ou encore impression de ne plus vraiment savoir où est “chez soi”. Certaines personnes décrivent aussi une perte de sens, une tristesse persistante, des difficultés relationnelles, ou une sensation d’être coupées d’elles-mêmes depuis leur départ. Ces manifestations ne signifient pas que l’expatriation est un échec : elles disent souvent quelque chose du bouleversement profond que peut représenter le fait de vivre loin de ses attaches, de sa langue, de ses habitudes et de ses repères affectifs. Un accompagnement psychologique en ligne peut alors permettre de mettre des mots sur ce qui se rejoue dans cette expérience de déplacement, et d’ouvrir un espace plus stable pour penser ce que l’expatriation vient transformer.