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Le choc culturel

dépression, anxiété, mal-être : ce que peut engendrer un départ à l’étranger

Pourquoi peut-on se sentir mal lors d'un départ en voyage ou une expatriation pourtant désirée ?

Partir vivre ailleurs, voyager longtemps ou s’expatrier, c’est souvent répondre à un élan profond : un désir de changement, de liberté, parfois de reconstruction. Pourtant, derrière l’image idéalisée de l’expatriation se cache une réalité plus intime : celle du choc culturel, une expérience psychologique fréquente, mais encore trop peu reconnue.

Le choc culturel ne concerne pas seulement l’adaptation à un nouveau pays. Il touche à l’identité, aux repères internes, à la manière dont nous nous sentons exister dans le monde.

Partir vivre ailleurs, voyager longtemps ou s’expatrier, c’est souvent répondre à un élan profond : un désir de changement, de liberté, parfois de reconstruction. Pourtant, derrière l’image idéalisée de l’expatriation se cache une réalité plus intime : celle du choc culturel, une expérience psychologique fréquente, mais encore trop peu reconnue.

Le choc culturel ne concerne pas seulement l’adaptation à un nouveau pays. Il touche à l’identité, aux repères internes, à la manière dont nous nous sentons exister dans le monde.

Quand les repères psychiques vacillent

En psychanalyse, on parle souvent de cadre interne : cet ensemble invisible de repères, de règles implicites, de façons d’être et de penser qui nous permettent de nous sentir en sécurité : la langue, les codes sociaux, et même les traits d’humour par exemple. Lors d’une expatriation ou d’un voyage prolongé, ce cadre est brusquement modifié.

Ce qui allait de soi devient soudainement plus incertain : les règles du discours changent, la langue peut devenir une barrière, les gestes du quotidien parfois même les plus simples demandent un effort constant. Ce qui était automatique devient conscient, comme le remarque une patiente qui remarque que même aller demander du pain à la boulangerie est tout à coup une épreuve qui la renvoie à une régression infantile : peur de ne pas avoir les mots, peur du jugement de l’autre…

C’est souvent à ce moment-là que surgissent des symptômes discrets mais parlants : fatigue émotionnelle, irritabilité, sentiment de décalage, anxiété, solitude. Le choc culturel ne se manifeste pas toujours par une crise visible, mais par une usure psychique progressive.

L’expatriation comme expérience de décentrement

Le psychanalyste Donald Winnicott évoquait l’importance d’un environnement suffisamment sécurisant pour permettre à l’individu de se sentir pleinement soi. Or, l’expatriation vient parfois fragiliser ce sentiment de continuité de soi.

Vivre dans une autre culture, c’est être décentré : nos références ne sont plus majoritaires, notre façon de penser ou de communiquer n’est plus la norme.
Ce décentrement peut être enrichissant, mais il peut aussi réveiller des insécurités plus anciennes : peur de ne pas être compris, de ne pas être à la hauteur, de perdre sa place.

Le choc culturel agit alors comme un révélateur. Il met en lumière des fragilités qui existaient déjà, mais qui étaient jusqu’alors contenues par l’environnement familier.

Le deuil invisible de l’expatrié

Le deuil n’est pas toujours réservé à la perte d’une personne. On peut aussi faire le deuil d’un cadre de vie, d’une langue, d’une culture, d’un sentiment d’appartenance.

Même lorsque l’expatriation est un choix, il y a un deuil à faire :
– celui de la spontanéité relationnelle,
– celui de l’humour partagé sans effort,
– celui d’un sentiment d’évidence dans les interactions.

Ce deuil est souvent minimisé, voire nié, parce que l’expatriation est perçue comme une chance. Pourtant, ne pas reconnaître cette perte peut renforcer le malaise et l’isolement psychologique de l’expatrié.

« J’ai choisi cette vie, je devrais aller bien »

Cette phrase revient souvent en thérapie d’expatriation. Elle traduit une culpabilité inconsciente, que Freud associait déjà au conflit entre désir et réalité.
Vouloir partir ne protège pas de la souffrance. Aimer un pays ne signifie pas s’y sentir immédiatement chez soi.

Aussi, le choc culturel n’est ni un échec, ni un manque d’adaptation : il peut être vu comme une réaction normale face à un bouleversement profond des repères externes et internes.

Traverser le choc culturel plutôt que le combattre

En thérapie, l’objectif n’est donc pas de faire disparaître le choc culturel, mais de lui redonner du sens. L’écouter comme un message plutôt que comme un problème à résoudre rapidement.

Parler de son expérience d’expatriation dans un cadre thérapeutique permet ainsi :

  • de déposer la fatigue psychique liée à l’adaptation culturelle,
  • de comprendre ce qui se rejoue sur le plan émotionnel,
  • de restaurer un sentiment de continuité intérieure malgré le changement.

La thérapie en ligne pour les français expatriés offre pour cela un espace sécurisant, dans la langue maternelle, où il devient possible de se reconnecter à soi tout en étant ailleurs et traverser les défis de l’expatriation pour transformer ce qui fait difficultés et occasion de mieux se connaître.

De l’inconfort à la transformation psychique

En effet avec le temps le choc culturel peut devenir une expérience structurante. Bien accompagné il permet alors une véritable reconfiguration du moi : élaborer les fragilités mises à nue par cette expérience permet d’aborder une manière plus souple, plus consciente d’être au monde.

Il ne s’agit pas de renier ses origines ni de s’adapter à tout prix, mais d’intégrer progressivement de nouveaux repères, tout en respectant son rythme psychique.

“Le véritable voyage, ce n'est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c'est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l'instant baigne tous les contours de la vie intérieure.”

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince